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L'ancienne poterie de Monaco
par
Victor Raybaudi
L’ancienne poterie de Monaco, de sa
vraie dénomination “Poterie artistique
de Monte-Carlo”, fut fondée aux environs
de 1874.
Elle était située au quartier
Saint-Michel, approximativement sur
l’emplacement du n° 25 de l’actuel
boulevard Princesse Charlotte, au milieu
de jardins fleuris.
De proportions relativement modestes au
début, les bâtiments dans lesquels elle
était exploitée prirent une extension
assez considérable, pour autant que le
révèlent les plans annexés aux annuaires
officiels de la Principauté, qui
l’intitulaient “Fabrique de Poteries
émaillées”. Ces mêmes plans révèlent
qu’elle avait complètement disparu en
1895.
Sa création procède de l’ensemble des
initiatives de François Blanc “Le
Magicien de Monaco” a qui est due la
prodigieuse ascension monte-carlienne.
Elle participait sans doute à l’ensemble
d’attractions crées par François Blanc,
sinon à l’ambiance de luxe qu’il avait
rapidement donnée à Monte-Carlo, à
l’époque “centre de la vie mondaine en
Europe”
“On y trouve tout ce que l’industrie de
luxe a inventé de plus raffiné et tout
ce que les artisans les plus habiles du
monde entier ont su créer de plus beau,
des dentelles et des bijoux, des meubles
de prix et des poteries, des objets
d’art de toutes sortes... et c’est dans
les jardins qui entourent de toutes
parts le Casino que les Grands
Couturiers et les Modistes de renom
lancent leurs plus audacieux modèles...”
La direction de la Poterie fut donc
confiée à Ernest Sprega. “Elève de
Mantovani, le célèbre peintre qui vit,
depuis trente ans, au milieu des
chefs-d’oeuvre de Raphaël, dont il a,
sur l’ordre de Pie IX, peint la
troisième loge, Monsieur Sprega s’est,
dès son jeune âge, inspiré des Maitres
Immortels dont les tableaux forment les
admirables collections de la Rome
catholique. Ayant quitté la peinture à
la fresque, malgré les instances de
Mantovani qui perdait en lui son premier
élève, Monsieur Sprega entra d’abord
dans l’établissement de céramique du
Marquis Ginori à Florence, puis il
dirigea celui de Pesaro.
“Il y obtint un grand succès artistique,
et c’est comme peintre céramiste qu’il
fut appelé à faire partie du personnel
de la Poterie de Monte-Carlo.
L’exposition de 1878, à Paris, a permis
de juger la finesse d’exécution, la
délicatesse et la distinction des
créations de Monsieur Sprega”
La production de la poterie se
caractérise par des ornements traités en
haut relief, comme posés et réellement
posés sir un support de forme en général
plaisante.
Ces ornements consistaient
principalement en des fleurs de toute
sorte, reproduites avec fidélité,
certes, et presque avec minutie, mais
toujours d’une incontestable élégance,
d’un modelé solide et d’un coloris qui
révélait le peintre affirmé qu’était
Sprega.
Parfois de fruits : citrons, raisins
principalement ; quelquefois des
oiseaux, plus rarement des sujets, en
général des amours.
Les supports étaient de dimensions et de
forme très variées ; vases, jardinières,
cache-pots, potiches, corbeilles, etc. ;
parfois le support était tressé.
Le catalogue avec photographies et prix
(ils s’échelonnaient de 7.50 Fr à 150 Fr)
qui a subsisté, montre l’extrême
diversité de la production.
Les plats ont tenu une assez grande
place dans celle-ci ; la plupart étaient
de la facture habituelle : fleurs,
fruits, oiseaux en relief ; certains
pourtant étaient peints, soit par Sprega,
soit par sa fille, Madame
Raybaudi-Sprega. Ils étaient les un et
les autres exécutés à la poterie et
portaient sa marque.
Cette marque, dont l’image est donnée au
début de cet article, au dessin
caractéristique, était parfois exécutée
au pinceau, le plus souvent imprimée en
creux.
Après que Sprega en eut quitté la
direction (en 1889, semble-t-il) la
Poterie continua à fabriquer jusqu’à sa
disparition en 1894.
Si méritoire qu’elle fût, il faut
cependant reconnaître que la production
de la deuxième époque, si elle est de la
même inspiration, manque un peu de
l’élégance de forme, de la maîtrise du
modelé et de la fraîcheur de coloris qui
caractérisaient la première production ;
la simple comparaison rend la différence
immédiatement sensible. La cause en
serait le procédé même de fabrication ;
les fleurs et autres ornements de la
première période étaient modelés à la
main et rapportés sur les pièces mêmes ;
il semble que les sujets de la deuxième
époque aient été sculptés directement
dans la masse. C’est du moins
l’explication qui en été donnée.
La marque figure toujours sur les
produits de la première période ; le
plus souvent sur ceux de la deuxième ;
sa présence ou son absence, ne saurait
donc servir de critère pour les
distinguer.
La production de la poterie fut donc
abondante; actuellement des spécimens
s’en rencontrent surtout dans un certain
nombre de foyers d’anciennes familles en
Principauté.
Le Musée National des Beaux-Arts de
Monaco en expose six exemplaires : deux
jardinières tressées, assez quelconques,
provenant peut-être de la deuxième
période ; deux potiches d’une facture
vigoureuse, au contraire, et
caractéristiques des productions de la
Poterie ; le modelé et le relief, les
coloris des fleurs qui les ornent sont
remarquables ; quant aux deux grandes
aiguières, simplement peintes, elles ne
rappellent en rien, notamment dans leur
ligne, le style de la poterie ; rien
d’analogue ni même d’approchant ne
figure, en tout cas, dans le catalogue
plus haut mentionné, si bien qu’il est
permis de se demander si elles
proviennent réellement de la poterie.
“Les deux salons d’attente qui précèdent
la Galerie des Glaces ( au Palais
Princier) ont été restaurées récemment,
lit-on dans le journal de Monaco, n° 1
274, du 26 décembre 1882. Deux paires de
gigantesques vases, aussi remarquables
par leurs grandes dimensions que par
l’élégance de leurs formes, de styles
différents, composent le principal
ornement de ces deux vastes salons. Ces
vases sortent de la Poterie artistique
de Monte-Carlo”. Ces vases s’y trouvent
toujours.
Un vase d’assez grandes dimensions, de
belle venue, dressé sur une colonne
provenant de l’ancienne église
Saint-Nicolas commence de s’effriter
dans les jardins Saint-Martin.
Enfin de tout ce passé, il subsiste
encore, reliant le boulevard des Moulins
au boulevard Princesse Charlotte, une
venelle dénommée “Passage de l’ancienne
Poterie”.
Etudes
Céramologiques publié par l'académie
internationale de la céramique dont
le siège est à Genève (1954)
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