C'est dans un contexte politique difficile
que naquit l' « Hymne Monégasque ».
Sous le règne du Prince Florestan Ier
(1785-1856), souverain en 1841, la
Principauté connaissait une situation
intérieure instable. Dès 1821 des troubles
répétés avaient éclaté à Menton. Les agents
du Royaume de Sardaigne, interprétant
abusivement le traité signé à Stupinigi, le
8 novembre 1817, exploitaient habilement le
mécontentement que causaient dans le pays
certaines mesures inopportunes prises par le
Gouvernement princier. Le protectorat imposé
à la Principauté n'était, dans l'esprit du
Roi de Sardaigne, que l'acheminement vers
une annexion pure et simple.
Le notaire Théophile Bellando (1820-1903),
poète et musicien à ses heures, prit la
décision de répliquer à la diffusion à
Monaco de chansons séditieuses importées du
Comté de Nice.
Selon la tradition orale, il écrivit un
chant patriotique, hommage de loyauté envers
le Prince et Sa Famille.
A cette époque, le compositeur et
musicologue Castil-Blaze (1784-1857), ami du
Prince Florestan, était l'hôte de ce dernier
au Palais de Monaco. Ayant eu l'occasion d'y
rencontrer Théophile Bellando, l'auteur de
ladite marche, Castil-Blaze nota l'air, y
apporta quelques modifications, notamment
dans l'introduction et la ritournelle, et
dota l'ensemble d'une harmonie de base.
Bientôt en possession d'une partition, la
Famille Princière et les Monégasques
terminaient, dit-on, leurs réunions
musicales par l'exécution du « chant
national ».
Les événements politiques que nous avons
rappelés plus haut connurent leur conclusion
le 20 mars 1848. Menton et Roquebrune
s'étant déclarées villes libres se
séparaient ainsi de la Principauté, Devant
cette situation, le Prince par Ordonnance
Souveraine du 28 mars 1848, créa une Garde
Civique –en gestation depuis un certain
temps déjà- transformée en Garde Nationale
par une autre Ordonnance du 29 août 1848.
Animée d'un réel patriotisme, cette Garde
adopta l'air de Théophile Bellando comme
chant de ralliement. Cette naïve et modeste
chanson était devenue la Marche Nationale
des loyalistes.
Bien qu'amputé d'une partie de son
territoire par la perte de Menton et de
Roquebrune (1861), la Principauté va
connaître, sous le règne du Prince Charles
III (1818-1889), une ère nouvelle de
prospérité, marquée par deux événements
importants : la fondation en 1856 de la
Société des Bains de Mer et le passage à
Monaco du chemin de fer
Paris-Lyon-Méditerranée en 1868. L'ancien
plateau des Spélugues, urbanisé, va devenir
le prestigieux « Monte-Carlo ».
Le nouveau Souverain, fin diplomate,
réaliste et homme de gouvernement,
admirablement préparé par sa mère la
Princesse Caroline, met en place les pièces
maîtresses d'un extraordinaire essor.
Désireux d'affirmer l'indépendance de la
Principauté, il crée des postes
diplomatiques, ouvre des consulats dans les
principales villes d'Europe et accrédite de
nombreux représentants d'Etats étrangers en
Principauté. Ces heureuses initiatives
attirent à Monaco des Souverains et des
Chefs d'Etats, ainsi qu'une élite
intellectuelle et artistique séduite par une
vie brillante sous un ciel serein.
Lors de visites officielles au Palais
Princier, les hymnes nationaux des hôtes
étrangers étaient joués. Monaco ne disposant
que de la « Marche Nationale », il était
indispensable de composer un hymne. On
sollicita un artiste de l'orchestre du
Cercle des Etrangers (Casino de
Monte-Carlo), Charles Albrecht.
Albrecht entreprit des recherches pour
trouver un air du pays et arrêta son choix
sur le chant patriotique de Théophile
Bellando, ladite « Marche Nationale », dont
il fit une composition pour piano.
Une première édition pour piano solo, donc
sans paroles, est imprimée à Paris chez
Tihébaux, probablement avant 1897, sous le
titre « Air National de Monaco ».
En 1897, Decourcelle, éditeur à Nice,
présente une nouvelle édition portant le
numéro 429, toujours pour piano seul : «
Hymne National de Monaco ». L'auteur en est
Albrecht.
Quelques années plus tard, François Bellini
(1842-1910), musicien à l'Orchestre de
Monte-Carlo en 1864 et maître de chapelle de
la Cathédrale de Monaco en 1884, fut
sollicité pour orchestrer l'œuvre
d'Albrecht. Le trio attribué à ce dernier
serait en réalité de Bellini : on y retrouve
en effet son style.
En 1900, le trio est supprimé ainsi que les
nombreuses reprises : l'exécution, écoutée
debout était jugée trop longue…
Lors des fêtes du 25e anniversaire de
l'avènement au trône du Prince Albert Ier,
en 1914, le maître Léon Jehin (1858-1928),
chef d'orchestre de l'Opéra et des Concerts
classiques de Monte-Carlo, devait reprendre
l'orchestration et la rendre plus brillante,
notamment par des appels de trompette. C'est
cette dernière version que l'on entend de
nos jours, lors des manifestations
officielles.
C'est enfin le poète monégasque Louis Notari
(1879-1961) qui écrivit en 1931 une version
en langue monégasque. Elle suit mot à mot le
rythme musical et reprend le trio. Ce texte,
rédigé dans l'élégante simplicité de
l'idiome local est maintenant définitivement
adopté et chanté dans diverses
manifestations.